Tu seras mon fils, Gilles Legrand (2010)

Publié le par etudesdefilms

Tu seras mon fils de Gilles Legrand, 2010.


Avec: Niels Arestrup, Lorànt Deutsch, Patrick Chesnais.

Résumé (Allociné): On ne choisit ni ses parents, ni ses enfants ! Paul de Marseul, propriétaire d’un prestigieux vignoble à Saint Emilion a un fils, Martin, qui travaille avec lui sur le domaine familial. Mais Paul, vigneron exigeant et passionné, ne supporte pas l’idée que son fils puisse un jour lui succéder. Il rêve d’un fils plus talentueux, plus charismatique… plus conforme à ses fantasmes de père ! L’arrivée de Philippe, le fils de son régisseur va bouleverser la vie de la propriété. Paul tombe en fascination devant ce fils idéal. Commence alors une partie d’échec qui se jouera à quatre : deux pères, deux fils, sous le regard impuissant des femmes qui les entourent. Et au moins l’un d’entre eux n’a plus rien à perdre …


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Ce film est superbe. Il ne vous laissera pas de glace et je crois qu'on a tous quelque chose à en dire...

Il s'agit d'un drame familial où les relations père-fils sont plus que tendues. Ce film pose la question de la manipulation, des liens du sang, de la méchanceté pure, de l'auto-destruction.

Pour être franche, j'aime peu de films français en général. Mais celui-ci surpasse toutes mes espérances: c'est un chef-d'oeuvre. 

J'ai tellement à dire que le mieux, c'est d'en faire une analyse. C'est un peu dans le désordre, car tout me vient au fur et à mesure que j'écris...

Note: 10/10


Attention: SPOILERS

Paul est un être détestable à tout point de vue, mais lorsqu'il est avec Philippe, on perçoit une lueur d'amour filial dans son regard. Serait-il donc capable d'aimer? À moins que ce qu'il voit en Philippe soit sa propre image...

Philippe, ce "fils prodigue" comme va même l'appeler Paul, est si charismatique qu'il éclipse totalement Martin, que ce soit dans l'histoire ou à l'écran; puisque Lorànt Deutsch apparaît beaucoup moins fréquemment par la suite. Philippe revient de Californie où sa carrière était plutôt bien lancée pour voir son père atteint d'un cancer du pancréas. Il prend peu à peu la place de fils que Martin n'a jamais pu atteindre lui-même: il a l'honneur de poser avec Paul sur les photos, de conduire sa voiture, de se faire acheter des chaussures hors de prix...

Martin est un peu l'inverse de Philippe: il est peu charismatique, il a déjà une vie bien rangée (contrairement à Philippe qui drague tout ce qui bouge), il a appris l'art du vin dans une école (ce que lui reprocherait presque son père; Philippe, lui, a appris sur le terrain, il a "de l'expérience").


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Martin (Lorànt Deutsch)


Paul est dès le départ un père froid, autoritaire, qui a honte de son fils malgré tous les efforts que fait ce dernier pour lui plaire. On sait d'hores-et-déjà que sa quête d'amour paternel est vaine et qu'il ferait mieux d'abandonner. Quand François, le régisseur, demande à parler à son fils via la webcam, il n'arrive pas à lui dire qu'il est malade (et peut-être qu'il ne veut tout simplement pas le faire...). Et c'est Paul qui va donc rappeler Philippe dans le dos de François pour lui annoncer la maladie de son père et le faire ainsi revenir en France. On est donc en droit de se demander: l'a-t-il fait pour lui-même plutôt que pour François?

Paul a déjà un passé trouble avec son propre père. Quelques jours avant la mort de celui-ci, il lui avait révélé que Paul était adopté, mais que c'était ici qu'il était né et que ce lieu lui appartenait donc (d'où l'attachement de Paul pour Philippe qu'il veut adopter à son tour; Paul rejette en quelque sorte les liens du sang puisqu'il n'en a pas lui-même bénéficié). Il plane en plus de cela un sacré doute sur la mort du grand-père de Martin qui paraît criminelle.

Martin rêve par ailleurs que son père le noie dans une cuve de vin, symbolisant le fait que son père est en train de le tuer à petit feu. Et c'est aussi ce qu'on comprend lorsque Martin s'auto-mutile devant les yeux de Paul qui lui tourne alors le dos avec mépris. Il tourne le dos à son fils, à sa souffrance, à son appel au secours.

On ressent énormément de compassion envers Martin. Il s'auto-détruit parce qu'il est malheureux, parce qu'il aime un père qui ne veut pas de lui, qui "n'arrive pas" à s'attacher à lui. 

Paul pousse l'ignominie jusqu'à dire à Martin que c'est lui qui a causé la mort de sa mère (est-ce donc pour cette raison qu'il lui en veut tellement? On suppose que la mère de Martin s'est suicidée et que Paul accuse Martin, qui n'était qu'un enfant, de l'avoir trop surmenée en quelque sorte). Les mots sont dits, terribles; il renie définitivement son fils.


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De gauche à droite: Philippe (Nicolas Bridet), François (Patrick Chesnais) et Paul (Niels Arestrup).


Philippe est plus beau, plus débrouillard, et ressemble plus à Paul (du moins à la vision qu'il a de lui-même). On peut noter un point commun entre eux: leur goût pour les femmes. En effet, Paul est souvent très, trop proche de sa belle-fille, et Philippe tente lui aussi d'embrasser cette dernière. Martin, qui remarque Philippe en train de regarder sa femme, lui crie même: "Tu veux ma femme aussi?!".

Les parents de Philippe semblent complètement impuissants; et pour cause, ils ne sont pas chez eux puisque c'est Paul le propriétaire, et ils ne veulent après tout que le bonheur de leur fils. Cependant, François se montre de plus en plus blessé; même les journaux ont pensé que Philippe était le fils de Paul. 

Les femmes, Madeleine et Alice, regardent et font de leur mieux pour aider ceux qu'elles aiment, luttant chacune de leur côté contre le fléau que représente Paul. Mais tant que les hommes ne décident pas eux-mêmes de s'en sortir, elles n'ont aucun pouvoir.

Le personnage qui va le plus nous surprendre est François. Il passe presque inaperçu pendant une bonne partie du film, mais c'est à la fin que l'on va prendre l'ampleur de sa propre souffrance à lui. Paul lui vole son fils, le considérant d'une part comme déjà mort et enterré (ce que Martin ne manque pas de remarquer à un dîner où il interrompt le discours de Paul: "Il est encore là!", faisant écho à sa propre présence contre celle de Philippe). 

Le dénouement, sans appel, n'est pourtant pas la solution, car comme on le voit dans les dernières scènes du film, cela ne résout rien. François en veut toujours à son fils ("Tu te sens bien au moins dans tes pompes?!"), et Martin est toujours malheureux, déchiré par les mots de son père qui lui laisseront une empreinte indélébile (il boit avec l'urne contenant ses cendres, y versant du vin, comme si son père était toujours là). Par ailleurs, Martin n'a pas tiré de leçon véritable de tout cela: il se soucie encore du bien-être de son père, même mort: le début du film nous montre la crémation et Martin se rend compte que le cercueil fond avec ce qu'il contient, et que son père "n'aurait pas apprécié le mélange". De même, c'est lui qui se charge seul de déposer les cendres dans le vignoble, où il semble finalement condamné à rester...

 

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L.M.


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